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CINEMANIA 2025: Interview avec Félix Lefebvre

Révélé par Été 85 de François Ozon, le comédien français revient sur ses débuts : faire voyager le public par l’émotion et l’empathie, et poursuivre l’exploration du champ des possibles sans jamais se laisser enfermer dans des cases.

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À quelques jours de son 26e anniversaire, Félix Lefebvre est à Montréal pour siéger dans le jury des courts métrages du festival CINEMANIA, dont la 31e édition propose, parmi ses longs métrages, la première canadienne de L’Épreuve du feu d’Aurélien Peyre, dans lequel le jeune comédien tient le rôle principal.

Voilà qui résume bien l’effervescence de ce natif du Val-de-Marne, nommé au César de la Révélation masculine dès 2021 pour son rôle solaire et poignant dans le superbe Été 85 de François Ozon.

J’ai profité de sa présence à CINEMANIA pour échanger avec lui sur le regard qu’il porte sur une carrière déjà bien riche, sur sa trajectoire et sur ce qu’il recherche dans le métier de comédien.

Pour commencer, Félix Lefebvre revêt la casquette de juré de la 31e édition du festival pour me parler de son rapport au cinéma. Ce qu’il cherche avant tout dans un film, c’est “retrouver une sensation enfantine du pur divertissement ou de la pure émotion”, retrouver “la magie de l’enfance, quand on découvre des films et qu’on essaie de ne pas trop penser à l’aspect technique. Comme quand on croit à tout ce qu’on voit.” Le comédien aime aussi, à l’inverse, adopter parfois un regard plus connaisseur, pour mieux apprécier la richesse des œuvres : “Quand je vois un film dont je reconnais toute la grandeur, que ce soit dans la mise en scène, dans le jeu, dans l’image ou dans le scénario, je me pose des questions sur la fabrication […] et ça me fascine.”

Révélé dans Été 85 de François Ozon, où il incarne un adolescent dont la rencontre avec un jeune homme interprété par Benjamin Voisin allume un feu intérieur, à la fois amical et amoureux, Félix Lefebvre irradiait déjà l’écran. Un film généreux et bouleversant, où le duo de comédiens illumine chaque plan, et qui vaudra aux deux acteurs une nomination au César de la Révélation masculine.

De cette expérience, Félix Lefebvre garde un souvenir fort, quoique désormais lointain : “Je me souviens que ça a été un tournage assez magique […] mais ça remonte à six ans quand même.” Il précise : “Ça restera ma première fois dans un rôle aussi beau, une histoire à défendre de ce calibre-là. […] C’est le film auquel on peut m’identifier le plus facilement, je dirais. Et donc il y a quelque chose de marqué sur moi, que j’embrasse, parce que c’est vraiment mon début.” Lui qui confie ne pas avoir revu le film depuis sa sortie ajoute : “Le regard que je porte sur ce film est davantage lié à celui des autres, en fait. On m’en parle souvent avec beaucoup d’amour et de tendresse, donc c’est assez agréable. Mais mon regard personnel dessus, c’est plus un souvenir assez lointain maintenant.”

Que ce soit chez François Ozon, dans La Passagère d’Héloïse Pelloquet, Une vie rêvée de Morgan Simon ou L’Épreuve du feu d’Aurélien Peyre, pour ne citer qu’eux, ce qui frappe chez Félix Lefebvre, c’est sa candeur, son sourire sensible, sa bouille attachante, mais aussi sa capacité à être bouleversant dans le drame, à transmettre une émotion d’une vraie profondeur.

“J’ai la sensation que la meilleure arme qu’on puisse avoir au cinéma, ce n’est pas d’essayer d’apporter une réponse, mais de questionner, en bouleversant quelqu’un par les émotions. C’est ça, la force du cinéma, contrairement à un discours politique, par exemple.”

Trial By Fire (Dir. Aurélien Peyre, France, 106 min, 2025)

Pour autant, Félix Lefebvre refuse, à juste titre, de se fixer des limites : “J’essaie de ne pas porter de regard sur moi ni de me caractériser, sachant qu’on est dans un milieu où déjà tout le monde cherche à le faire.” Le monde du cinéma a tendance à rapidement apposer des étiquettes aux comédiens révélés par un rôle ou un registre particulier. Il poursuit : “Il y a beaucoup de regards portés sur nous, qui essaient de nous caractériser, de nous mettre dans des cases, de nous cerner d’une certaine manière, ce qui est compréhensible.” Une approche qu’il cherche évidemment à éviter : “J’essaie de ne pas me cerner moi-même, pour me laisser le champ des possibles, et de ne pas me fermer à une chose que je pourrais dégager. J’essaie de m’ouvrir aussi à ce qui m’est moins évident, parce que j’ai l’impression que les autres ne le feront pas.” Et d’ajouter : “C’est à moi de faire ce travail, d’être capable de me rêver, entre guillemets, en quelque chose de différent, pour me surprendre moi-même et faire un travail qui soit diversifié, jamais dans la redite.”

Justement, Félix Lefebvre a achevé il y a peu le tournage du premier long métrage de Léopold Kraus, une comédie d’auteur dans laquelle il a pu explorer une autre facette de son jeu. “C’est la première fois que je jouais un personnage complètement euphorique, surexcité, sous cocaïne ; issu de la jeunesse dorée et persuadé d’être un génie. Il y avait quelque chose d’extrêmement stimulant à être dans un ton de jeu que je n’avais jamais vraiment exploité, dans un personnage aussi extravagant.” Une expérience grisante pour un comédien qui découvre un nouvel espace de liberté : “C’était quelque chose que j’avais en moi depuis longtemps, mais que je n’avais jamais eu l’occasion d’explorer. C’était assez génial de trouver cet endroit de liberté dans un personnage. Parce que quand on joue quelqu’un de libéré de toute convention, on le devient soi-même le temps de l’action. Et ça, c’est très agréable.”

Après ce tournage, où le cinéaste lui a laissé une grande liberté d’expérimentation, Félix Lefebvre a enchaîné avec un projet d’un tout autre ton : le prochain film de László Nemes, un biopic consacré à Jean Moulin. “Je suis passé du film de Léopold Kraus, où j’avais une grande part d’inventivité et de création possible, à László Nemes, qui lui, est dans une direction extrêmement précise, extrêmement calibrée. […] J’ai fait une sorte de gymnastique, un grand écart presque du jour au lendemain, en passant d’un style de jeu à un autre complètement opposé.

À la question de savoir lequel de ces deux styles de direction lui convient le mieux, il répond : “Je dirais que les deux se complètent. Le fait de faire les deux me permet d’être pleinement épanoui.”
Une manière, surtout, de continuer à enrichir son art : “Je me suis rendu compte de la souplesse qu’il faut avoir dans ce métier, et à quel point ce qu’on peut attendre de nous peut varier, tout comme les ressources que l’on mobilise, qui sont vraiment diverses.”

Mehdi Balamissa

Mehdi Balamissa is a Franco-Moroccan documentary film passionate who lives in Montreal, Canada. Mehdi has held key positions in programming, communication, and partnerships at various festivals worldwide, including Doc Edge, the Austin Film Festival, FIPADOC, and RIDM. In 2019, he founded Film Fest Report to promote independent cinema from all backgrounds, which led him to have the pleasure of working alongside incredibly talented and inspiring collaborators.

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