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DOK.fest München 2025: The Invisible Contract (réal. Luciana Kaplan) | Critique

Luciana Kaplan nous invite à ouvrir les yeux sur ces femmes que l’on croise au coin d’une rue à Mexico City ou dans les souterrains du métro, un balai à la main ou conduisant un chariot à ordures, et à nous interroger sur les dérives du capitalisme et du système patriarcal à l’œuvre dans le pays.

Chaque jour de la semaine et durant de longues heures, armées d’un matériel de fortune prêté par la société qui les emploie et de la nécessité de tenir bon pour subvenir aux besoins de leurs proches, Rosalba, Gregoria, Martha et Claudia balaient les rues, collectent les ordures ménagères, nettoient les sanitaires de l’aéroport ou encore le quai du métro. Ces quatre mexicaines sont employées par des sociétés à qui la ville de Mexico City a sous-traité l’entretien des espaces publics. Des « sociétés écrans », qui les maintiennent intentionnellement dans une situation précaire. Leur travail n’est encadré par aucun contrat écrit et n’est pas déclaré, ce qui les prive d’un accès au système public de santé et de retraite. Les retenues sur salaire injustifiées sont monnaie courante, et ces sociétés sont fréquemment dissoutes puis recréées sous une dénomination différente, ce qui permet aux dirigeants et associés de continuer une activité lucrative sans avoir à se soucier des droits et revendications des employés.

La réalisatrice Luciana Kaplan a fait le choix du noir et blanc pour mettre en images les témoignages de ces quatre femmes dans son long-métrage The Invisible Contract. Un noir et blanc qui joue avec la temporalité pour nous rappeler que la lutte des classes et les dérives du capitalisme continuent de ravager les sociétés en développement, en s’abattant de plus en plus sur les femmes. Au Mexique, dans une société patriarcale qui reste très inégalitaire, elles sont nombreuses à devoir accepter des emplois précaires, voire dangereux, pour survivre : personnes âgées n’ayant aucun droit à la retraite, familles monoparentales, ou encore enfants devant assumer la charge de leurs parents.

Luciana Kaplan nous immerge dans la vie de ces travailleuses, alternant entre entretiens face caméra, cinéma direct et scènes jouées. La réalisatrice a en effet dû faire appel à des comédiennes pour porter la voix de certaines des protagonistes et ne pas révéler leur identité, afin de préserver leur emploi et leur sécurité. Habituellement considérées comme faisant partie du paysage urbain par le reste de la société, Luciana Kaplan lève leur anonymat et leur rend leur humanité en mettant en avant ces quatre portraits de résilience, devant lesquels nous ne pouvons rester insensibles.

The Invisible Contract a célébré sa première allemande au festival de cinéma documentaire de Munich, DOK.fest München, en 2025.

La 40e édition du festival DOK.fest München se déroule du 7 au 18 mai à Munich, en Allemagne.

Aurelie Geron

Aurélie is a Paris-born independent film critic and voiceover artist based in Montréal, Canada. With a passion for creative documentaries, she regularly covers prominent festivals such as Visions du Réel, Hot Docs, Sheffield DocFest, and CPH:DOX, among others. Aurélie is also a frequent attendee of Quebec's key festivals, including FNC and RIDM.

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