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Cannes 2026 (Semaine de la critique): Nafron (réal. Daood Alabdulaa) | Critique

Les paysages-états d’âme de Nafron composent un poème visuel sur le lendemain de la tragédie, dans lequel Daood Alabdulaa insuffle l’étincelle d’une possible reconstruction.

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Dans un Damas encore engourdi par la chute du régime de Bachar el-Assad (décembre 2024), Nafron a la sensation trouble d’un réveil douloureux, dont on ne saisit pas encore toutes les conséquences, d’une torpeur tenace. Le court-métrage de Daood Alabdulaa, artiste Syrien réfugié en Allemagne en 2014, s’ancre dans un décor de ruines, vaste, immobile, presque vidé de toute présence humaine. La désolation a tout recouvert, jusqu’à l’horizon lui-même. Les lignes de fuite, presque toujours parallèles à la caméra, proposent un décor sans échappatoire, sans direction et sans issue. Jusqu’à ce qu’une rencontre s’opère entre deux femmes et qu’une voiture traverse enfin le cadre de façon perpendiculaire, offrant une possibilité de se projeter, de lier le passé et l’avenir.

Nafron est un film de l’après. Quand les bombes ne tombent plus, mais que le traumatisme, lui, s’est installé. Les deux personnages errent comme des fantômes, désorientées, suspendues dans un monde qui semble parallèle. Le cadre en 4:3 resserre encore cette sensation d’enfermement, de portrait figé dans le temps.

Conçu comme un poème visuel, la mise en scène du film est d’une grande précision. Chaque composition est pensée et le travail du son vient prolonger cette expérience sensorielle. Nafron est un film de ruines, mais pas un film d’urgence, c’est un film de contemplation. Le décor des ruines offre une collection de paysages-états d’âme, miroirs de l’intériorité brisée et déboussolée des deux femmes. Par quelques jeux d’échelle astucieux, celles-ci semblent parfois même faire partie des ruines. Et même la perspective de la reconstruction, visible au loin sur un des plans, semble incertaine, presque illusoire, légèrement floutée par les aberrations de la lentille.

Mais dans ce décor, Daood Alabdulaa insufle un petit espoir. Car dans cette torpeur, dans ce vide ; il y a cette rencontre. Deux âmes qui se rencontrent, dépassent leur solitude, et s’apprêtent peut-être à emprunter le chemin de la reconstruction intérieure, faisant émerger de la ruine, quelque chose de vivant.

نفرون Nafron (Dir. Daood Alabdulaa, Syrian Arab Republic, Germany, 14 min, 2026)

Our team is on site for the 79th Cannes Film Festival, from May 12 to 23, 2026.

Mehdi Balamissa

Mehdi Balamissa is a Franco-Moroccan documentary film passionate who lives in Montreal, Canada. Mehdi has held key positions in programming, communication, and partnerships at various festivals worldwide, including Doc Edge, the Austin Film Festival, FIPADOC, and RIDM. In 2019, he founded Film Fest Report to promote independent cinema from all backgrounds, which led him to have the pleasure of working alongside incredibly talented and inspiring collaborators.

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